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Une promess e, c'est une promesse, je vais revivre ma journée de tournage pour l'émission Tout sur moi exprès pour vous. Le soleil en moins ! Arrivée à midi trente dans une usine désaffectée dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, j'ai reçu la bénédiction, je dirais même l'enthousiasme des costumières pour mon accoutrement. Je portais une tunique à frange au noir usé parsemée de bulles roses et mauves tombant sur une ample jupe en denim délavé. Mes cheveux ; une queue de cheval haute. J'avais misé juste, la coiffeuse n'a même pas voulu fixer mes mèches rebelles, elle adorait le côté naturel.
Après une heure de préparation de l'équipe, on nous explique la scène. Nous sommes une gang de joyeux drilles installé dans une ruelle, comme à chaque semaine, nous attendons ...
Je ne peux tout de même pas vous vendre un punch de l'émission ! Je réalise jusqu'à point cette émission est écoutée et aimée, plus encore que je ne le croyais. Je ne vais pas trahir l'intrigue, surtout après les avoir vu travailler à ce point pour vous donner des moments inoubliables. Je me doutais qu'il y avait du travail pour arriver à ce résultat mais ce n'est jamais comme le voir de ses propres yeux.
Je vais me rabattre sur l'ambiance de travail, ce qui est quand même révélateur. Le réalisateur me fascinait, un homme habité par des images loufoques qui se déroulent dans sa tête. Un homme impatient, fébrile, joyeux, enthousiaste. Il travaille dans la spontanéité, c'est avec les éléments sur place que ses idées se complètent. Il se laisse envahir par le moment présent. Tout à coup, il désigne une personne, elle arrivera avec un pichet de thé glacé, il faut un cornet de crème de plus, une paire de lunettes excentriques, un appareil photo (et les accessoiristes courent !), un cri, un sautillement, taper des mains, tout s'invente avec l'inspiration du moment.
Le trio maintenant. Le fameux trio : Valérie, Éric, Macha. Ils forment un bloc devant la tâche à accomplir, devant le réalisateur, devant l'équipe, devant les figurants. Ils sont indissociables. Ils se tiennent près un de l'autre, bavardent à voix basse, font des conciliabules, parlementent sur les motivations de la scène, essaient de la voir dans ses moindres racoins avant de la jouer. Ce sont de vrais amis et ça se sent. En fait, je n'ai pas vu ça souvent des comédiens qui se tiennent à ce point, je pense sincèrement que cette force de l'amitié et la complicité qui en découle est un élément important du charme de cette émission.
L'ambiance générale est joyeuse mais pas vraiment détendue, si vous voyez d'ici la nuance. On vise haut, rien n'est laissé au hasard, aucune négligence n'est acceptable, c'est donc exigeant. On sent que l'on manque de moyens financiers, donc de temps. C'est une course contre la montre et hier, contre le soleil. Je vois encore le responsable du soleil qui, avec sa lentille monocle, regardait la traversée du soleil dans les nuages ; « dans une minute, ce sera pleine lumière ». On désirait tourner en plein soleil, c'était très important. Donc par une température de 30C, à l'étroit dans une ruelle, ce n'est pas courant de fuir l'ombre ! Vous dire la quantité de fois que l'on a déplacé les chaises pliantes pour poursuivre le soleil ! Et pas seulement pour la lumière, pour plein d'autres raisons. Quand la manière de travailler a une part d'improvisation, ça donne beaucoup d'hésitations, mais du naturel et du vivant. Tout a un prix.
Je les ai regardés travailler pendant 6 heures au gros soleil, je dois vous avouer qu'à la fin, j'étais éreintée, plus qu'à certains tournages beaucoup plus longs. C'est rare que l'on mette les figurants à contribution à ce point ; une heure de préparation pour six heures de plateau. C'est l'inverse habituellement. Pas besoin de dire que les deux livres que j'avais apportés sont restés dans mon sac.
Mais j'ai tellement hâte de voir cette scène quasiment burlesque. Tellement hâte !
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