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Je n’aurais pas dû attendre si longtemps avant de l’écrire celle-là. Je voulais vous parler de l’expérience de Marsi à son premier Salon du livre de Montréal et j’ai l’impression que la chaleur des émotions a un peu tiédie. L’événement date pourtant d’une semaine seulement mais quand il s’agit d’émotions, on a souvent l’impression qu’elles se font tasser rapidement par les fraîches. Veux ou veux pas, c’est émotif s’exposer dans un Salon pour un auteur peu connu. S’exposer au regard ... ou non. S’exposer au regard aveugle de l’indifférence, y a rien de pire pour un artiste. À côté des auteurs courus, ça peut quasiment frôler la sensation d’échec, ou même de rejet.
Je me regarde aller et j’ai l’air de vous préparer à une catastrophe. Cela n’est pourtant pas le cas. Du tout. Marsi a eu des visiteurs et des acheteurs. Il s’en fallait de peu pour occuper trois heures de séances de dédicaces divisées en deux jours, en tenant compte qu'il y consacre environ 15 minutes chacune. Le samedi, la première journée, il était content de s’asseoir, il trouvait enfin une place juste pour lui dans cet effervescent pays du livre. On a qu’à s’imaginer des centaines de librairies dans une ville, il y en aurait à toutes les rues, à tous les coins de rues, dans toutes les ruelles, les parcs. Pour qui adore les livres, c’est presque trop. C’est un des plus grands plaisirs de Marc dans la vie ; fréquenter une librairie. À hauteur d’homme. Dans un Salon, je le vois un peu dépassé, comme si ses yeux ne pouvaient tout englober, ni sa tête, il baisse les bras et se demande où diriger ses pieds (remarquez que je viens de faire le tour de son anatomie!). Trop, c’est comme pas assez. Je l’ai dit au Passe-Mot, pour jouir d’un Salon, il faut partir avec des buts définis, un itinéraire, un schéma du Salon, tout en sachant s’ouvrir aux imprévus. Avec le même état d’esprit qu’en voyage.
Aussitôt assis derrière sa petite table en mélamine blanche avec en arrière plan un alléchant éventail de publications de La Pastèque (des gros titres et de gros noms !), il m’a dit ressentir un soulagement ; je vais me reposer. Il n’était donc pas trop nerveux. Il portait son T-shirt avec les personnages de Miam miam fléau choisis et imprimés méticuleusement par un ami, par contre, il avait enfilé une chemise à manches longues rouge bourgogne le recouvrant complètement ! Tout le portrait de mon chum, on se montre, mais on ne s’expose pas. Et surtout, on insiste d’aucune façon. D'ailleurs, une fois que tout le monde sait que je suis sa conjointe, avec un sourire en coin, il me présente comme son attachée de presse. C’est sûr que se mettre à son avantage soi-même, certains vont jusqu’à dire, se vendre, ce n’est pas évident. Ça le frappe de m’entendre le vanter et porter avec enthousiasme le meilleur de sa BD, louant sa démarche de perfectionniste.
Donc, le samedi s’est déroulé quasiment à la perfection avec l’arrivée régulière d’une personne à la fois. Marc ne se souvient plus si cela a été 4 ou 5 (je n’ai pas compté puisque je l’ai quitté pour aller butiner). Quand je suis revenue, il n’avait pas terminé sa dernière, il a dû laisser sa place aux bédéistes, auteurs de Red Ketchup et continuer sa dédicace près de la caisse. Quand un des éditeurs retire ton nom au-dessus de ta tête et qu’il y a déjà une file pour le prochain ... ça remet l’égo d’aplomb ! La même situation s’est présentée dimanche, la file a commencé encore plus tôt, attendant le père des Paul, Michel Rabagliati.
Le dimanche a commencé plus durement, il était un peu plus inquiet : qui va venir ? Et tout à coup, c’est personne ?! Il avait conscience que la chose était possible. D’ailleurs, la première demi-heure, cela a été le cas. Une demi-heure longue. Longue et riche en émotions. Alors imaginez la reconnaissance devant le premier qui a décidé d'acheter Miam miam parce que l’auteur était présent, il a même fait dire dans la dédicace un gros MERCI à un de ses personnages !
J’ai maintenant plus conscience que jamais que le Salon du livre est une leçon d’humilité pour les auteurs à leur début et même, malheureusement, pour certains moins populaires même après plusieurs publications. Ça aide d’être connu avant d’être publié !!!
Il faut être fait fort et aimer ce que l’on fait pour revenir à la maison et continuer son travail, si ce n’est dans la célébrité avec célérité, et mon Marsi est fait très, très fort. Et je suis certaine qu’un jour, quand on découvrira toutes les facettes de son immense talent, parce que Miam miam fléau n'est qu'un aperçu de ses milles possibilités, on ne pourra plus dire que c’est parce que je suis son ange blond que je l’affirme sans l’ombre d’un doute.
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